VISIONS GOLDBERG

- le projet -

 

Lorsqu’Irina Lankova m’a proposé d’imaginer un film qui accompagnerait les Variations Goldberg qu’elle jouerait au piano pour le premier concert du Max Festival 2020 dans l’église Saint-Martin de Tourinnes-la-Grosse à l’occasion de son millénaire… un vertige m’a saisie. Trente variations, de l’aria initiale à l’aria finale : la même aria, note pour note, et pourtant métamorphosée par un voyage musical intense, riche, inventif, imprévisible et émouvant. Une traversée sensible et spirituelle, une boucle temporelle et profane ouverte sur un mouvement perpétuel, une œuvre majeure de Jean-Sébastien Bach : en somme, Irina me proposait d’envisager visuellement rien moins qu’un cycle de vie, qui résonnerait au cœur du temps et des changements qui l’animent ! 


Ce vertige même, cette rupture d’équilibre d’ailleurs caractéristiques de l’art baroque initient le mouvement qui évite la chute et explore les possibles. J’ai alors pensé au Yi Jing, le Classique des Changements : ce livre né il y a 3500 ans en Chine reconstitue en 64 hexagrammes, chacun composé de six traits pleins ou déliés, les multiples états existentiels auxquels est confronté tout être humain. Il existe 64 possibilités de combiner ces traits, leurs mutations formant une roue en perpétuel mouvement. Chaque hexagramme est formé de deux des huit trigrammes de base, chacun d’entre eux représentant un élément capital : le ciel, la terre, l’eau, le feu, la montagne, la brume, le tonnerre et le vent. La tradition orientale ne rejoint-elle pas ici-même l’une des clefs de la pensée baroque, la vérité des sentiments s’y découvrant dans la nature ? 

Accompagner la musique de Bach cependant, c’est pour moi éviter toute illustration, m’éloigner de toute description et chercher l’épure sans relâche. Chaque variation est un défi, une quête inlassable de la simplicité, parfois jusqu’à l’abstraction… qui pourtant doit rester sensuelle, vivante et toucher notre intimité.

Irina Lankova qui interprètera en direct le cycle des variations, incarne à l’écran notre lien intime et fondamental à la nature, au mystère du temps qui passe et à notre fragilité.

CHRONIQUE QUOTIDIENNE DES VISIONS GOLDBERG
- Aria
- Variation 1
- Variation 2
- Variation 3
- Variation 4
- Variation 5
- Variation 6
- Variation 7
- Variation 8
- Variation 9
- Variation 10
- Variation 11
- Variation 12
- À suivre au jour le jour...

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Chaque jour, dès ce 10 février 2020 et jusqu'au 14 mars, date du concert, Irina Lankova présente et joue pour nous chacun des 32 mouvements de ce cycle.

Aucune image du concert multimédia n'y sera révélée. En revanche, nous avons eu envie de partager notre recherche autour de cette oeuvre si riche et exigeante de Jean-Sébastien Bach.
Un travail d'écoute et d'épure, essentiellement. 


Rendez-vous ici-même pour la suite de ce feuilleton en images et en musique, ou sur sa chaîne YouTube : Irina Lankova Official Channel.
*Son : Luc Henrion
*Réalisation : Isabelle Françaix


PRÉSENTATION DU PROJET

"Visions Goldberg est un projet multimédia conçu avec l’artiste visuelle Isabelle Françaix à l’occasion du Max Festival 2020 à partir des Variations Goldberg de Jean-Sébastien Bach.
Le nom de cette œuvre majeure, écrite pour clavecin en 1941, reste énigmatique tant les interprétations divergent à ce sujet sans avancer de preuve formelle. Il est établi cependant que Bach avait un étudiant talentueux nommé Johann Gottlieb Goldberg.

Les Variations Goldberg comptent une aria (reprise à la fin du cycle) et ses trente variations. Celles-ci ne suivent pas la mélodie de l’aria, comme l’impose traditionnellement la forme « variation » mais s’appuient sur sa basse obstinée et son harmonie. Comme il y a trente-deux mesures dans l’aria, il y a trente-deux pièces dans ce cycle, en comptant l’aria initiale et l’aria finale.

La forme en est très élaborée. Toutes les trois variations apparaît un canon* dont les intervalles sont en progression : la Variation n°3 est un canon à l’unisson, la 6 un canon à la seconde, la 9 à la tierce et ainsi de suite jusqu’à la 27 qui est un canon à la neuvième. La variation finale, au lieu du canon à la dixième, désormais attendu, est un quodlibet tiré de chansons populaires et humoristiques. Le mot latin quodlibet signifie « n’importe quoi », ou « tout ce qui vous plaira », petit pied de nez joyeux pour clore le cycle avant l’aria finale.

* Le canon est une forme musicale polyphonique, ainsi qu'un procédé compositionnel basé sur l'imitation, dans lequel une idée musicale — le thème — s'énonce et se développe d'une voix à une autre. Le décalage produit un contrepoint.

Toutes les variations sont en Sol Majeur hormis les 15, 21 et 25 en sol mineur.

Chaque variation se divise en deux parties, chacune prévue avec une répétition, que je n’exécuterai pas dans le projet Visions Goldberg qui serait trop long ainsi combiné aux images.

Le cycle entier se divise également en deux parties, la Variation n°16, après la pause centrale, se nommant « Ouverture ». À la fin des trente variations, l’aria initiale revient clore le cycle.

Dès demain, le 11 février 2020, nous posterons chaque jour une variation et sa présentation musicale, sans révéler les images du film.

Le 14 mars 2020, nous donnerons un concert multimédia à l’Église Saint-Martin de Tourinnes-la-Grosse dans le cadre du Max Festival. Pour ceux qui habitent trop loin de la Belgique, nous dévoilerons le film et la musique à la fin du mois de mars."
Irina Lankova

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Liens utiles :
- Max Festival
- Visions Goldberg
- Irina Lankova Official Website
- Irina Lankova sur YouTube

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